I. L’addiction musicale
Quelle est la définition de l’addiction musicale ?
La dépendance (ou addiction) à la musique est un trouble à caractère psychologique défini comme une écoute excessive et répétitive de musique. On peut parler de dépendance à la musique dans le cas où une personne n’arrive pas à contrôler son attirance pour la musique, qu’elle y consacre beaucoup de temps, et que cette dépendance a un impact important sur sa vie sociale, son travail, sa santé, sa vie de couple ou sa vie de famille.
A. Que se passe-t-il dans notre cerveau quand on écoute de la musique ?
Système de récompense et endorphine
Une étude des chercheurs de l’université McGill à Montréal a démontré que les opioïdes cérébraux (neurotransmetteurs fabriqués par notre cerveau, autrement appelés endorphines) étaient responsables du plaisir que l’on prend lorsque l’on écoute une musique.
Pour cela, ils ont bloqué les opioïdes cérébraux grâce à la Naltrexone (médicament prescrit dans les dépendances à l’alcool ou aux opiacés). Les chercheurs ont ensuite mesuré les réponses à la musique chez les participants : même l’écoute de leurs morceaux préférés ne déclenchaient plus aucune sensation de plaisir (Adiel Mallik, Mona Lisa Chanda & Daniel J. Levitin. 2017. Anhedonia to music and mu-opioids: Evidence from the administration of naltrexone. Scientific Reports, Volume 7).
Cela démontre donc que le plaisir ressenti en écoutant de la musique provient du même système cérébral que celui ressenti durant la prise de drogues ou d’alcool, l’alimentation ou le sexe.
Mécanismes d’habituation et de répétition
Dans les mécanismes d’addiction, on retrouve toujours une composante de répétition. Elle est également présente dans l’addiction à la musique. Si une personne considère qu’il est pour elle non envisageable d’arrêter d’écouter de la musique et que cette dernière ressent un malaise, une anxiété ou une irritabilité quand elle n’en écoute pas, alors on pourrait considérer qu’elle est dépendante à la musique. Si les personnes ressentent ce besoin, c’est pour plusieurs raisons :
- l’activation du circuit de la récompense, libérant des endorphines et de la dopamine,
- la régulation émotionnelle, la musique permet de stabiliser ses émotions et de chasser temporairement un mal être.
B. Qui est susceptible de développer une addiction musicale ?
Il existe plusieurs facteurs chez une personne qui peuvent favoriser le développement d’une addiction musicale :
- la sensibilité au plaisir musical : tout le monde n’est pas sensible de la même manière à la musique, certaines personnes souffrant d’anhédonie musicale sont même complètement incapables de ressentir du plaisir musical, bien que leur système de récompense fonctionne pour d’autres activités. La sensibilité musicale d’une personne peut être mesurée grâce à un questionnaire validé par la communauté scientifique, le Music Reward Questionnaire. Ce dernier établit un score général à la sensibilité musicale. Les personnes qui présentent un haut score à ce test sont donc des personnes qui éprouvent plus de plaisir à écouter de la musique et qui sont donc plus à risque de développer une addiction à cette dernière,
- la présence d’un mal être, voire d’une dépression, qui est un facteur à risque récurrent pour la plupart des addictions,
- expérience fréquente de « rengaines auditives » (le fait d’avoir une musique dans la tête),
- un environnement social qui favorise l’écoute répétée de la musique,
- un isolement social ou des difficultés relationnelles faisant de la musique un refuge ou un moyen de compensation.
II. Les caractéristiques d’une musique addictive
A. Comment structure-t-on une musique pour qu’elle soit populaire ?
Généralités
Une musique populaire a pour but de plaire au plus grand nombre et d’être lucrative en général. Elle s’appuie sur quelques standards musicaux et commerciaux. Il s’agit généralement de chansons. Elles durent généralement entre 2 et 3 minutes. Les paroles sont écrites en langage courant, voire familier, pour pouvoir être comprises par le plus grand nombre.
Pour les paroles, l’anglais est prédominant à l’international, mais chaque pays possède ses musiques populaires dans sa propre langue. Le but d’une musique populaire est de générer facilement de la dopamine lors de l’écoute pour n’importe quel auditeur.
Structure d’une musique populaire
- Intro : Capte l’attention, très importante pour accrocher l’auditeur,
- Couplet 1 : Développe la narration,
- Pré-refrain 1 : Développement de la tension musicale,
- Refrain : Partie de la musique que l’auditeur doit retenir, la plus chargée en émotion, qui permet la rengaine auditive,
- Couplet 2 : Poursuite de la narration, approfondissement du message,
- Pré-refrain 2 : Développement de la tension musicale,
- Refrain 2 : Renforce encore l’émotion et ancre la rengaine auditive,
- Outro : Conclusion.
B. Quelles techniques de production rendent une musique addictive ?
Il existe différentes techniques de production qui sont utilisées dans la musique populaire
pour rendre cette dernière accrocheuse et addictive :
- des hooks ayant pour but de déclencher une rengaine auditive,
- un rythme complexe à base de syncopes et de passages on-time. Les syncopes favorisent chez l’auditeur l’envie de danser/bouger. L’alternance de passages syncopés et on-time permet de créer un équilibre entre la surprise et la stabilité. Ce contraste rend la musique plus expressive et évite la monotonie,
- un mix clair et très professionnel, où l’on entend bien la voix principalement,
- des paroles à la fois compréhensibles pour tous mais aussi suffisamment abstraites
pour que chacun puisse s’y reconnaître.
III. Le lien entre industrie musicale et addiction à la musique
A. Pourquoi l’industrie fabrique-t-elle des tubes addictifs ?
L’industrie musicale, dont l’objectif premier est la rentabilité, utilise des techniques de production spécifiques pour maximiser les écoutes et créer une satisfaction immédiate. Ces stratégies favorisent l’écoute répétée et peuvent contribuer au développement d’une dépendance musicale, modifiant profondément nos habitudes de consommation et notre rapport à la musique.
B. Quel est l’impact des plateformes de streaming ?
Les plateformes de streaming ont révolutionné la consommation musicale de par leur accessibilité immédiate et leur offre illimitée. Leurs algorithmes de recommandation et playlists personnalisées encouragent l’écoute répétée, développant des habitudes parfois compulsives. Cette facilité d’accès, associée à la recherche de satisfaction émotionnelle, favorise une dépendance musicale où les auditeurs cherchent constamment la gratification de leurs titres préférés.
Les plateformes renforcent cette dynamique en structurant l’expérience autour de la répétition et de la découverte automatisée. Le système de rewind annuel amplifie le phénomène en créant une compétition sociale basée sur le temps d’écoute, incitant à une consommation encore plus excessive.
IV. Les conséquences sociales de l’addiction musicale
A. Comment le streaming a favorisé un usage antisocial de la musique ?
En rendant la musique instantanée et illimitée, le streaming a considérablement augmenté le temps d’écoute quotidien. Cette consommation intensive peut conduire à un isolement social, les utilisateurs se repliant sur leur univers musical au détriment des interactions. Dans les cas extrêmes, cet isolement renforce la dépendance musicale, créant un cercle vicieux.
Par ailleurs, l’incapacité à se passer de musique peut nuire à la concentration lors des tâches scolaires ou professionnelles, dégradant ainsi les performances académiques et la vie professionnelle.
B. Quelles sont les conséquences de ce mode de consommation sur les artistes ?
Le streaming a offert aux artistes une visibilité mondiale et des outils de production accessibles, mais a transformé leur modèle économique. La rémunération dérisoire par écoute pénalise particulièrement les artistes indépendants, tandis que les plus populaires captent l’essentiel des revenus. Les musiciens doivent désormais gérer leur carrière comme des entrepreneurs, s’adapter aux algorithmes et multiplier les interactions pour espérer vivre de leur art.
Cette logique pousse les artistes à privilégier les titres commerciaux au détriment de leur vision créative, appauvrissant l’offre musicale et réduisant la diversité des genres proposés au public.
V. Les manières de traiter et de prévenir l’addiction musicale
- Fixer des limites d’écoute : Définir des plages horaires précises et s’y tenir pour éviter une consommation excessive.
- Observer ses émotions : Identifier les situations où l’on ressent le besoin compulsif d’écouter de la musique et comprendre ce qui motive cette envie (stress, ennui, régulation émotionnelle).
- Diversifier ses activités : Investir dans d’autres loisirs ou centres d’intérêt pour réduire la dépendance à la musique comme seule source de plaisir.
- Favoriser la reconnexion sociale : Privilégier les interactions réelles et les activités de groupe pour limiter l’isolement et la recherche de réconfort uniquement dans la musique.
- Utiliser la musicothérapie : Recourir à des séances de musicothérapie active (jouer, chanter) ou réceptive (écoute guidée) pour mieux gérer ses émotions et réduire le besoin compulsif d’écoute.
- Consultation professionnelle : Si l’addiction devient handicapante ou provoque une souffrance, consulter un psychologue ou un addictologue, qui peuvent proposer des thérapies adaptées, parfois intégrant la musicothérapie.
- Adapter l’environnement : Éviter les situations où la musique est omniprésente (écouteurs en permanence, radio allumée toute la journée) pour limiter l’exposition aux stimuli musicaux.
- Travailler sur la gratification sensorielle : Substituer progressivement le plaisir musical par d’autres sources de satisfaction, comme le sport, la lecture ou la méditation.
VI. Un peu de nuance
Bien que l’addiction à la musique puisse poser problème lorsqu’elle devient compulsive ou nuit à la vie quotidienne, il est important de rappeler que la musique reste avant tout une source de bien-être et de santé mentale. De nombreuses études montrent que la musique réduit le stress, améliore l’humeur, soulage la douleur, stimule la mémoire et favorise la créativité. Elle agit comme un antidote naturel à l’anxiété et à la dépression, tout en renforçant les liens sociaux lors d’expériences musicales partagées.
La musicothérapie, quant à elle, est reconnue pour ses effets thérapeutiques, aidant à exprimer des émotions difficilement verbalisables et à apaiser les troubles mentaux.
En somme, la musique est bien plus qu’un simple loisir : c’est un outil précieux pour le bien-être général, à condition d’en faire un usage équilibré. Il ne s’agit donc pas de « jeter » la musique, mais d’apprendre à la consommer avec discernement pour profiter pleinement de ses bienfaits.


